Olivier Sylvestre: Průvodce sexuální výchovou pro nové tisíciletí

Olivier Sylvestre : Průvodce sexuální výchovou pro nové tisíciletí / Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire Režie / mise en scène : Jiří Hajdyla Hrají / avec : Gabriela Pyšná, Martin Dusbaba, Václav Rašilov Festival Sněz tu žábu / Mange ta grenouille 12 / 5 / 2019, 20:00, Studio ALTA http://sneztuzabu.cz/program/

Zveřejnil(a) Sněz tu žábu / Mange ta grenouille - festival francouzského divadla dne Pátek 19. dubna 2019

Comment écrire des textes pour théâtre jeune public au Canada ou bien encore comment créer une pièce avec quatre-vingts élèves dans une colonie française « délaissée » ? Un des invités de la cinquième édition du festival Mange ta grenouille sera l’auteur littéraire et dramatique Olivier Sylvestre – sa pièce Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire, traduite pour la première fois en tchèque, sera présentée pour la clôture du festival.

Cette comédie poétique et un peu rétro raconte l’histoire de trois ados, d’une recherche de sa propre identité et d’une fin du monde qui s’approche. C’est une histoire assez autobiographique, cependant son langage poétique lui permet de maintenir un certain décalage avec le réel. « Ça aide également son public à ne pas y voir un « miroir » trop déstabilisant, à pouvoir rire et être touchés, à pouvoir y réfléchir plus tard, en intimité, » explique l’auteur.

Auteur et traducteur, Olivier Sylvestre détient un baccalauréat en criminologie ainsi qu’un diplôme d’écriture dramatique. Sa première pièce, La beauté du monde (Leméac) a remporté le Prix Gratien-Gélinas et a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général. Chez Hamac (Québec), il a publié un recueil de récits, Noms fictifs (finaliste Prix des libraires du Québec – catégorie roman et aux Prix littéraires du Gouverneur général, lauréat du Prix du premier roman de Chambéry), ainsi qu’un monologue, Le désert. Sa pièce La loi de la gravité (Éditions Passages(s), France) est traduite en anglais et en allemand et a gagné de nombreux prix en Europe. Il anime des ateliers d’écriture et fait de l’accompagnement dramaturgique.

D’après la date de votre naissance, vous aviez 17 ans en fin 1999, tout comme les personnages de votre pièce Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire. Pensiez-vous que la fin du monde allait venir ?
Comme vous pouvez vous en douter, l’action de la pièce est assez autobiographique. Tout comme Oli, j’étais pris au centre de ce triangle des désirs, au milieu de ces questions troublantes, j’étais très angoissé à l’idée de franchir le pas vers la majorité (18 ans) et aussi, vers ce nouveau millénaire synonyme de renouveau, où les choses allaient changer et où j’allais être forcé de me définir. Comme lui, je crois qu’une réelle fin du monde aurait bien fait mon affaire… Il s’agit surtout du symbole des chiffres : 18 ans, l’an 2000. Le moment où on doit devenir adulte et responsable et définir qui on est.

Vous écrivez beaucoup pour jeune public, comment cherchez-vous le juste milieu pour transmettre un « message » sans sermonner ? Est-il possible d’influencer les jeunes par le théâtre même aujourd’hui, dans « l’époque Facebook » ?
Je ne cherche jamais à transmettre un message, plutôt à ouvrir les portes de l’imaginaire au moyen d’une bonne histoire et de personnages touchants et crédibles. Comme les adultes, les ados peuvent tout à fait s’intéresser au théâtre, il faut juste faire acte d’empathie et trouver la façon d’aller les rejoindre. Ma pièce est volontairement « low tech ». Elle se passe à une époque antérieure à la naissance de son public cible. C’est donc à un voyage dans le temps auquel je les invite ! Or, malgré ce décalage – je dirai même, grâce à lui ! – ça me permet d’aborder des sujets sensibles et des thèmes universels, qui, j’espère, les toucheront. Mais toucheront aussi les adultes ! Cette pièce se situe volontairement dans une zone trouble à plusieurs niveaux, et notamment dans le public auquel elle s’adresse.

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Comment travaillez-vous avec le langage de vos personnages ? Essayez-vous de « capter » les expressions des générations plus jeunes ?
Grâce à l’apport de la narration par les personnages, et aussi par la métaphore, je tente plutôt une poétisation du quotidien, qu’un langage qui serait vraiment mimétique de celui que parlent les jeunes. On est au théâtre et on le sait, on ne fait pas semblant d’être ailleurs. Le langage offre également un décalage avec le réel, et je crois que pour cette pièce spécifique, ça aide également son public à ne pas y voir un « miroir » trop déstabilisant, à pouvoir rire et être touchés, à pouvoir y réfléchir plus tard, dans l’intimité.

Vous explorez également le sujet de recherche d’identité sexuelle, les questions trans… à quel point s’agit-il de sujets pressants pour les jeunes d’aujourd’hui ? En République Tchèque, beaucoup de gens diraient qu’il s’agit d’une mode ou de propagande néo-marxiste…
« Mode », « propagande » ! Oh la la… Ceux qui disent ça ont un agenda politique ou manquent cruellement d’empathie. C’est facile de porter un jugement quand ça ne nous touche pas personnellement… jusqu’à ce que ça touche quelqu’un qu’on aime… ou soi-même, en secret! Bref. Oui, ces questions sont brûlantes, plus que jamais actuelles, et pas seulement pour les ados, mais c’est à cette âge que ces questions se posent avec le plus de virulence et d’urgence. À 14, 15, 16, 17 ans, ça devient urgent d’avoir à se définir à tous les niveaux : sexuel, genré, romantique, professionnel… Les questions commencent beaucoup plus tôt, mais c’est là qu’elles atteignent leur apogée et peuvent causer beaucoup de souffrance. Si mes pièces peuvent contribuer à faire bouger tranquillement les mentalités vers davantage de compréhension et d’ouverture, et si elles peuvent aider ne serait-ce qu’un jeune qui vit tout cela comme un drame – 50% des personnes trans ont déjà tenté de se suicider, par exemple, je ne connais pas la statistique pour les LGBT, mais c’est nécessairement encore trop élevé, surtout dans les cultures homophobes et traditionnelles – alors ce sera mission accomplie pour moi. Amenons ceux qui croient au complot marxiste à venir à la lecture de ma pièce, je suis prêt à en débattre avec eux !

Vous avez passé une partie de l’an dernier en Guyane Française pour participer à un projet de théâtre dans un lycée. Pourriez-vous nous dire un peu plus sur ce projet et ses résultats ?
Ce séjour a été tout simplement formidable – et très difficile. J’ai fait écrire et contribué à mettre en scène une foule de 80 jeunes, d’origines très diverses, avec des moyens somme toute très faibles. Il n’y a pas d’infrastructures théâtrales en Guyane. C’est une colonie française qui a été longtemps délaissée, où les investissements de l’État ne suivent pas la croissance de la population. Dans ce contexte, leur offrir un projet de théâtre de cette envergure était magique, pour eux. Ça leur permet de connaître la scène, de sortir de leur quotidien, souvent caractérisé par la pauvreté. Beaucoup d’entre eux vivent dans des familles très croyantes et strictes. Les mentalités évoluent lentement. On a assisté à des petites perles en termes des textes qu’ils ont écrits. Plusieurs ont osé livré leur cœur dans le spectacle. Et pour ma part, cette expérience m’a un peu transformé : j’ai appris à me débrouiller dans un contexte pas facile, à improviser des exercices sur-le-champ, à gérer des conflits et des personnalités.

En quoi le travail avec des enfants et des jeunes d’un milieu aussi différent était-il spécifique ? Pourriez-vous comparer leurs attitudes, ambitions et expériences avec celles de la jeunesse canadienne ou plus généralement « occidentale »
À Montréal, je donne régulièrement des conférences et des ateliers auprès des adolescents, et je me retrouve également dans un contexte de diversité ethnique très grande. Nous sommes cependant dans un « pays froid », alors le rapport à l’environnement, aux autres, à notre propre corps est très différent que chez les Guyanais, beaucoup moins complexés à ce sujet. Je pense qu’au Nord, nous prenons beaucoup de choses pour acquises et nous ne nous enthousiasmons pas autant pour ce qui nous est donné.

Est-ce que vous savez quelque chose sur le théâtre tchèque contemporain ou bien sur l’art tchèque en général ? Etes-vous impatiente de venir à Prague ?
Là, je dois avouer mon ignorance complète du théâtre tchèque ! Ce sera mon premier séjour parmi vous, et bien entendu, je suis impatient de rencontrer les artistes, les auteurs.autrices et les metteurs en scène. Je veux d’ailleurs souligner cette belle ouverture que vous faites envers les écritures française – et dans mon cas, les écritures québécoises ! C’est franchement admirable. J’ai très hâte !

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Olivier Sylvestre : Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire

Mise en scène : Jiří Hajdyla
Avec : Gabriela Pyšná, Martin Dusbaba, Václav Rašilov

L’année 1999, juste quelques semaines avant la fin supposée du monde. Trois amis de dix-sept ans et les débuts de la vie sexuelle. So et Oli se font la promesse de faire l’amour avant la fin du monde. Mais ils rencontrent Ben qui s’immisce irrémédiablement entre eux.

“J’ai une érection. J’arrête de pisser.
On frenche. Longtemps pis beaucoup. Contre le mur.
Elle me caresse à travers mes jeans.
Je passe ma main en dessous de sa jupe.
Elle est toute mouillée.
Faut dire qu’y pleut.”